Yann LeCun lève 1 milliard pour prouver que l'industrie de l'IA fait fausse route
Yann LeCun quitte Meta et lève 1,03 milliard de dollars pour AMI Labs, la plus grosse seed round d'Europe, avec une mission : bâtir des « world models » qui comprennent la réalité physique plutôt que de simplement prédire des mots.
23 mars 2026

Le père du deep learning vient de frapper un grand coup. Yann LeCun, lauréat du prix Turing et ancien directeur scientifique de Meta, a officiellement dévoilé AMI Labs, sa nouvelle startup basée à Paris, accompagnée d'une levée de fonds colossale : 1,03 milliard de dollars en amorçage, soit la plus grosse seed round jamais réalisée en Europe. Valorisée à 3,5 milliards de dollars avant même d'avoir commercialisé quoi que ce soit, la société affiche une ambition démesurée : bâtir une intelligence artificielle qui comprend le monde réel, et non pas seulement le langage.
Une architecture radicalement différente
Là où OpenAI, Anthropic et Google misent sur des modèles de langage toujours plus gros, LeCun emprunte un chemin opposé. AMI Labs développe des world models fondés sur l'architecture JEPA (Joint-Embedding Predictive Architecture), un concept théorisé par LeCun dès 2022. Au lieu de prédire le mot suivant dans une séquence, JEPA apprend des représentations abstraites de la réalité, un peu comme un humain qui observe son environnement et en déduit les lois physiques plutôt que de réciter des statistiques textuelles. Pour LeCun, les grands modèles de langage actuels produisent une « illusion statistique » impressionnante mais fondamentalement limitée, incapable de véritable compréhension.
Un casting cinq étoiles et des investisseurs de poids
Pour transformer cette vision en réalité, LeCun s'est entouré d'une équipe redoutable. Alexandre LeBrun, ancien fondateur de Nabla, occupe le poste de CEO, tandis que Laurent Solly, ex-vice-président de Meta pour l'Europe, prend les rênes opérationnelles. Côté recherche, Saining Xie dirige la science et Michael Rabbat supervise le développement des world models. Le tour de table réunit des noms qui pèsent : Bezos Expeditions, Nvidia, Temasek, Eric Schmidt, Mark Cuban et Xavier Niel, aux côtés de fonds comme Cathay Innovation et HV Capital. Un signal fort de la confiance accordée à cette vision hétérodoxe de l'IA.
La robotique et l'industrie comme terrain de jeu
Contrairement aux chatbots et assistants qui dominent le marché actuel, AMI Labs vise des secteurs où comprendre le monde physique est une question de vie ou de mort : la robotique industrielle, l'aérospatiale, la santé et la pharmaceutique. Des domaines où un modèle de langage classique atteint rapidement ses limites, mais où un système capable de simuler et prédire des dynamiques physiques complexes pourrait devenir indispensable. La startup prévoit un à deux ans de recherche fondamentale avant d'engager des discussions commerciales, signe d'une approche scientifique au long cours plutôt que de la course effrénée à la mise sur le marché.
Un pari contre le consensus
Avec AMI Labs, Yann LeCun fait un pari audacieux contre l'ensemble de l'industrie. Alors que les géants américains investissent des centaines de milliards dans des modèles de langage toujours plus massifs, lui affirme que la prochaine révolution viendra d'ailleurs. Installée à Paris avec des bureaux à New York, Montréal et Singapour, la startup incarne aussi un espoir européen dans une course à l'IA largement dominée par les États-Unis et la Chine. Comme l'a résumé Alexandre LeBrun avec une pointe d'ironie : « D'ici six mois, toutes les entreprises se qualifieront de world model pour lever des fonds. » Reste à prouver que cette fois, la substance précédera le buzzword.