OpenAI publie un plan radical pour l'économie de l'IA : taxe sur les robots, fonds de richesse publique redistribué à chaque citoyen, et semaine de 4 jours sans perte de salaire. Le patron de ChatGPT propose de taxer sa propre industrie.
Par Jérémy Collovray

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OpenAI vient de publier un document de 13 pages qui pourrait redéfinir le contrat social de l'ère de l'intelligence artificielle. Intitulé Industrial Policy for the Intelligence Age: Ideas to Keep People First, ce blueprint propose ni plus ni moins que de taxer les robots, de créer un fonds de richesse publique redistribué à chaque citoyen, et d'instaurer la semaine de quatre jours sans perte de salaire. Venant du patron de l'entreprise qui a lancé ChatGPT et qui prépare une entrée en bourse valorisée à plus de 300 milliards de dollars, la démarche a de quoi surprendre.
Le constat de départ est simple et vertigineux : à mesure que l'IA remplace des postes, les salaires diminuent et avec eux les cotisations sociales qui financent la protection sociale. Sécurité sociale, assurance maladie, aides au logement, tout repose aujourd'hui sur les revenus du travail humain. OpenAI propose donc de basculer la base fiscale vers le capital en augmentant l'impôt sur les plus-values, l'impôt sur les sociétés, et en créant une taxe spécifique sur le travail automatisé. Sam Altman reconnaît lui-même que l'idée se situe "aux limites de ce qui est politiquement acceptable", mais il estime que le débat doit commencer maintenant, avant que le système ne s'effondre.
La proposition la plus audacieuse est sans doute celle d'un fonds de richesse publique, inspiré du modèle de l'Alaska qui redistribue chaque année les revenus du pétrole à ses habitants. Le principe serait le même, mais avec l'IA : les entreprises du secteur contribueraient à un fonds national, investi dans les sociétés qui adoptent l'intelligence artificielle, et dont les rendements seraient distribués directement à l'ensemble des citoyens. Une façon de garantir que la richesse colossale générée par l'IA ne reste pas concentrée entre les mains de quelques actionnaires de la Silicon Valley.
OpenAI propose également d'utiliser les gains de productivité rendus possibles par l'IA pour réduire le temps de travail. Le document détaille un mécanisme précis : inciter entreprises et syndicats à lancer des programmes pilotes de semaine de 32 heures sur quatre jours, sans réduction de salaire, en maintenant le même niveau de production. Si les résultats sont concluants, le dispositif deviendrait permanent. Jamie Dimon, PDG de JPMorgan Chase, défend d'ailleurs une vision similaire en prédisant que l'IA pourrait réduire la semaine de travail à trois jours et demi.
Ce qui frappe le plus dans cette initiative, c'est l'évolution spectaculaire du discours d'Altman. En 2023, il témoignait devant le Congrès américain pour réclamer une régulation de l'IA. En 2025, il demandait une régulation qui "ne nous ralentisse pas". En 2026, il propose des hausses d'impôts substantielles et des protections pour les travailleurs. Ce revirement intervient dans un contexte bien particulier : OpenAI prépare son introduction en bourse après avoir bouclé une levée de fonds de 110 milliards de dollars, et l'entreprise fait face à des critiques croissantes sur sa conversion en société à but lucratif. Altman lui-même admet que le document sert un double objectif, entre préoccupation sincère et stratégie d'influence réglementaire.
Le blueprint arrive à point nommé. Au premier trimestre 2026, 80 000 emplois ont été supprimés dans la tech, dont près de la moitié directement attribués à l'IA. Oracle a licencié 30 000 personnes malgré des bénéfices record de 6 milliards de dollars, Block a supprimé 40 % de ses effectifs. Les mots d'Altman résonnent comme un avertissement : "Certaines conséquences seront bonnes, d'autres mauvaises. Mais nous ressentons un sentiment d'urgence." La question n'est plus de savoir si l'IA va transformer l'économie, mais si nous serons prêts quand elle le fera.