Recursive Superintelligence, fondée par l'ex-chef scientifique de Salesforce, veut créer la première IA capable de s'améliorer elle-même — et Google et Nvidia y croient assez pour miser 4 milliards.
Par Jérémy Collovray

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Ils sont vingt. Vingt ingénieurs, chercheurs et anciens cadres des plus grands laboratoires d'intelligence artificielle au monde. Et en quatre mois d'existence, leur startup vient de lever au moins 500 millions de dollars auprès de Google Ventures et Nvidia, pour une valorisation de 4 milliards. Bienvenue chez Recursive Superintelligence, le laboratoire le plus ambitieux — et le plus inquiétant — de la course à l'IA.
Le projet, fondé fin décembre 2025 à Londres par Richard Socher, ancien directeur scientifique de Salesforce, et Tim Rocktäschel, ex-directeur chez Google DeepMind, repose sur une idée aussi simple que vertigineuse : créer une intelligence artificielle capable de s'améliorer elle-même, sans intervention humaine. Pas un chatbot plus malin, pas un assistant plus rapide. Un système qui évalue ses propres faiblesses, sélectionne ses données d'entraînement, ajuste son architecture, et relance son propre apprentissage en boucle. Socher parle du "troisième et peut-être dernier stade" des réseaux de neurones : celui où la machine devient son propre chercheur.
L'équipe rassemble des profils venus d'OpenAI, Google DeepMind et Meta — des gens qui, hier encore, travaillaient les uns contre les autres dans la compétition des modèles de langage. Parmi eux, Josh Tobin et Jeff Clune, anciens d'OpenAI. Leur pari commun : le prochain bond en IA ne viendra pas de modèles toujours plus gros, mais de systèmes capables d'automatiser le processus même de la recherche. "Le plus grand goulet d'étranglement, c'est dans la tête des gens", explique Socher au Financial Times. "Les idées, et la vitesse à laquelle il faut les implémenter et les valider manuellement." Si une IA peut faire ce travail elle-même, les progrès pourraient s'accélérer de façon exponentielle.
Le tour de table, mené par GV (le bras venture de Google) avec la participation de Nvidia, était tellement sursouscrit qu'il pourrait atteindre le milliard de dollars. Le lancement public est prévu pour mai 2026. En attendant, la startup n'a encore rien montré. Pas de démo, pas de benchmark, pas de modèle accessible. Quatre milliards de valorisation pour une promesse — certes portée par des noms qui ont fait leurs preuves, mais une promesse tout de même. L'incorporation à Londres n'est pas un hasard non plus : Socher critique ouvertement l'AI Act européen, qu'il juge comme un frein à l'innovation, et préfère la flexibilité réglementaire britannique.
Recursive Superintelligence rejoint une poignée de laboratoires — Safe Superintelligence, Ineffable Intelligence, Advanced Machine Intelligence Labs — qui tentent de contourner les géants en misant sur des approches radicalement différentes du simple "plus gros, plus cher". Mais le concept d'auto-amélioration récursive reste théorique. Aucun système n'a jamais démontré cette capacité sur une période prolongée. Beaucoup de chercheurs en sécurité de l'IA considèrent même ce scénario comme l'un des plus risqués : une IA qui s'améliore elle-même, c'est aussi une IA qui pourrait échapper à tout contrôle. À l'heure où l'industrie injecte des centaines de milliards dans des paris de plus en plus audacieux, la question n'est plus de savoir si l'IA surpassera l'humain, mais si nous aurons encore notre mot à dire quand ce sera le cas.