Romain Simon publie Paperasse qui transforme Claude en expert-comptable, fiscaliste ou notaire français. Un succès retentissant et une réponse populaire à l'échec d'Albert.
Par Jérémy Collovray

Un développeur français vient de sortir le projet le plus pragmatique de la semaine, et il s'attaque à un terrain miné : la bureaucratie francaise. Romain Simon, fondateur de Yuki Capital, a publié sur GitHub Paperasse, une collection de skills qui transforment n'importe quel agent IA — Claude Code, Cursor, Codex, Windsurf — en spécialiste de la paperasse à la française. Pas d'application, pas d'abonnement, pas d'interface : juste des fichiers en markdown qu'on dépose dans son agent, et la machine se met à parler le langage du Plan Comptable Général.
Le projet propose six profils prêts à l'emploi : comptable, contrôleur fiscal, commissaire aux comptes, fiscaliste, notaire et syndic de copropriété. Chacun donne à l'agent une expertise verticale sur un pan précis de l'administration : écritures au PCG, TVA, clôture annuelle en douze étapes, génération du FEC, simulation d'un contrôle DGFIP sur huit axes, audit selon les normes NEP en sept phases, calcul de frais de succession, ou encore gestion d'une assemblée générale de copropriété. Sous le capot, les skills embarquent les 800 comptes du Plan Comptable Général, le BOFiP, la nomenclature fiscale et les formulaires 2033 et 2065. Des connecteurs Qonto et Stripe permettent même de récupérer automatiquement les transactions bancaires d'une entreprise.
Le principe est radicalement simple. Là où les éditeurs vendent des plateformes complètes à plusieurs centaines d'euros par mois, Paperasse parie sur un format minimaliste : du markdown, lisible par tout LLM, sous licence MIT. Les évaluations internes affichent un taux de réussite de 88% avec les skills contre 75% sans, soit treize points gagnés sur des tâches comptables réelles. Pour le commissariat aux comptes, le gain monte à vingt-cinq points. Le repo a déjà collecté plus de 1 500 étoiles et 88 forks en quelques semaines, signe que la communauté tech française cherchait visiblement un outil de ce genre.
Romain Simon le précise lui-même dans le README : Paperasse ne remplace pas un expert-comptable inscrit à l'Ordre, ni un notaire. L'agent ne signe pas la liasse fiscale, ne dépose rien sur Infogreffe, n'authentifie aucun acte. Il prépare, calcule, simule, rédige des brouillons : il fait le travail ingrat qui occupe 80% du temps d'un cabinet, en laissant la responsabilité juridique aux professionnels habilités.
L'arrivée de Paperasse contraste violemment avec le sort réservé à Albert, l'IA souveraine de l'État français qui ne sera finalement pas généralisée après ses ratés en France Services. Pendant que l'administration peine à industrialiser son propre assistant, un développeur seul livre un outil que des milliers de professionnels et de particuliers commencent déjà à utiliser. C'est peut-être ça, la vraie révolution du moment : l'IA utile ne vient plus des plateformes verrouillées, mais d'un agent général qu'on spécialise à la demande, avec une simple poignée d'instructions.
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