Oracle licencie jusqu'à 30 000 employés par un email envoyé à 6 heures du matin, sans préavis, pour financer 156 milliards de dollars d'infrastructures IA. L'entreprise affiche pourtant des bénéfices records, et Marc Andreessen dénonce l'IA comme « prétexte parfait » pour corriger des années de sureffectifs.

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Oracle vient de déclencher le plus grand plan de licenciement de son histoire. Ce mardi 31 mars, entre vingt et trente mille employés ont reçu à six heures du matin un email glacial signé "Oracle Leadership", les informant que leur poste était supprimé, que la journée en cours serait leur dernière, et que leurs accès aux systèmes internes étaient coupés dans la foulée. Aucun préavis, aucun entretien préalable avec un manager. Des États-Unis à l'Inde, du Canada au Mexique, des équipes entières ont été décimées en quelques minutes, notamment dans les divisions Revenue and Health Sciences et SaaS and Virtual Operations Services, où les coupes atteignent au moins 30 % des effectifs.
Le plus troublant dans cette affaire, c'est qu'Oracle ne va pas mal. L'entreprise affiche une croissance de 95 % de son bénéfice net au dernier trimestre, soit 6,13 milliards de dollars, et dispose d'un carnet de commandes colossal de 523 milliards de dollars, en hausse de 433 % sur un an. Alors pourquoi licencier massivement quand les résultats sont au beau fixe ? La réponse tient en un chiffre : 156 milliards de dollars. C'est le montant estimé dont Oracle a besoin pour financer son expansion agressive dans l'infrastructure cloud dédiée à l'intelligence artificielle. Selon l'analyste TD Cowen, ces suppressions de postes devraient libérer entre 8 et 10 milliards de dollars de trésorerie, un transfert direct du capital humain vers le capital machine.
La coïncidence a fait réagir Marc Andreessen, figure emblématique de la Silicon Valley. Le même jour, sur le podcast 20VC, le cofondateur d'Andreessen Horowitz a lâché une bombe : selon lui, la plupart des grandes entreprises technologiques sont "surstaffées d'au moins 25 %" depuis la frénésie d'embauches post-pandémie, et l'IA sert aujourd'hui d'alibi commode pour corriger ces excès. "Maintenant, ils ont tous le prétexte parfait : ah, c'est l'IA", a-t-il déclaré, ajoutant que "l'IA jusqu'en décembre n'était pas vraiment assez performante pour faire les emplois qu'ils licencient actuellement". Une thèse qui entre en résonance avec le cas Oracle, où les postes supprimés ne sont pas remplacés par des algorithmes mais par des câbles et des serveurs.
Qu'il s'agisse d'une véritable transformation ou d'un prétexte bien trouvé, les chiffres parlent d'eux-mêmes. Plus de 45 000 emplois tech ont été supprimés au premier trimestre 2026, et 23 % des plans sociaux citent désormais explicitement l'IA dans leurs déclarations officielles, contre 14 % au trimestre précédent. Après les 4 000 licenciements chez Block par Jack Dorsey et les restructurations chez Meta, Oracle franchit un cap symbolique. Le paradoxe le plus cruel reste celui-ci : l'entreprise n'a jamais gagné autant d'argent, mais elle choisit d'investir dans les machines plutôt que dans les humains qui ont construit cette prospérité. Le débat sur la responsabilité sociale des géants de la tech face à l'IA ne fait que commencer.