OpenAI ferme Sora six mois après son lancement et fait capoter un investissement d'un milliard de dollars de Disney. Derrière cette décision, un cocktail de coûts GPU astronomiques, de batailles sur le droit d'auteur et d'un virage stratégique vers la rentabilité avant l'IPO.

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C'est un aveu rare dans l'industrie de l'intelligence artificielle. Le 24 mars 2026, OpenAI a annoncé la fermeture définitive de Sora, son application de génération vidéo par IA, à peine six mois après son lancement grand public. Dans un message laconique, l'entreprise a simplement déclaré : « We're saying goodbye to Sora. To everyone who created with Sora… thank you. » Derrière cette sobriété se cache un virage stratégique majeur pour la société la plus valorisée de la Silicon Valley.
La conséquence la plus spectaculaire de cette décision est l'effondrement du partenariat avec Disney. Le géant du divertissement prévoyait d'investir 1 milliard de dollars dans OpenAI et d'intégrer plus de 200 personnages sous licence — issus des univers Marvel, Pixar, Star Wars et Disney Animation — dans des vidéos générées par intelligence artificielle, avec une distribution prévue sur Disney+. Aucun argent n'a finalement changé de mains. Un porte-parole de Disney a réagi avec diplomatie : « Alors que le champ naissant de l'IA progresse rapidement, nous respectons la décision d'OpenAI de quitter le marché de la génération vidéo. »
Plusieurs facteurs ont précipité cette décision. D'abord, le coût computationnel : chaque vidéo générée par Sora consommait des ressources GPU considérables, bien supérieures à celles nécessaires pour le traitement de texte. Dans un contexte où OpenAI prépare une introduction en bourse et cherche à rationaliser ses dépenses, ces ressources devaient être réallouées vers des produits plus rentables comme ChatGPT et les outils d'IA pour entreprises. Ensuite, la question du droit d'auteur a pesé lourd. Sora 2 fonctionnait sur un modèle d'opt-out, utilisant du contenu protégé sauf demande expresse de retrait. Ce choix a provoqué la colère des studios hollywoodiens et des créateurs internationaux. En novembre 2025, un consortium japonais représentant les grands studios d'animation avait exigé qu'OpenAI cesse d'utiliser leurs œuvres.
OpenAI ne renonce pas totalement à la vidéo. L'entreprise prévoit d'intégrer les capacités de génération vidéo directement dans ChatGPT plutôt que de maintenir une application autonome. Ce choix reflète une tendance de fond : la concentration des fonctionnalités IA dans des plateformes unifiées plutôt que dans des produits spécialisés. Sam Altman, de son côté, a réorienté ses priorités vers « la levée de fonds, les chaînes d'approvisionnement et la construction de centres de données à grande échelle », déléguant la supervision directe de la sécurité à d'autres équipes.
Cette fermeture envoie un message clair à l'ensemble du secteur. Même pour une entreprise valorisée à plus de 700 milliards de dollars et générant 25 milliards de revenus annualisés, la génération vidéo par IA reste un gouffre financier difficile à justifier. L'épisode Sora illustre une réalité que beaucoup préféraient ignorer : dans la course à l'IA générative, toutes les applications ne sont pas viables, et les arbitrages entre innovation spectaculaire et rentabilité commencent à s'imposer. Pour les concurrents qui misent encore sur la vidéo IA — de Google à Runway en passant par Pika — la question se pose désormais avec une acuité nouvelle.