Meta dévoile Muse Spark, son premier modèle IA fermé issu des Meta Superintelligence Labs d'Alexandr Wang. Un virage à 180° pour l'entreprise qui avait fait de l'open source son étendard, avec 14,3 milliards de dollars investis pour rattraper OpenAI et Google.

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Meta vient de franchir un Rubicon. Mardi 8 avril, l'entreprise de Mark Zuckerberg a dévoilé Muse Spark, son tout premier modèle d'intelligence artificielle développé par les Meta Superintelligence Labs — une division créée il y a neuf mois sous la direction d'Alexandr Wang, ancien PDG de Scale AI, recruté dans le cadre d'un accord historique de 14,3 milliards de dollars. Le plus surprenant n'est pas le modèle lui-même, mais ce qu'il représente : Meta, le champion autoproclamé de l'IA open source avec sa série Llama, vient de basculer du côté des modèles fermés.
Muse Spark n'est pas un simple successeur de Llama. Il s'agit d'une refonte complète, construite de zéro par l'équipe de Wang. Le modèle se distingue d'abord par son efficacité : Meta affirme qu'il atteint les performances de Llama 4 avec dix fois moins de puissance de calcul. Sur le plan des capacités, Muse Spark est multimodal — il analyse images et texte — et se positionne comme compétitif face à GPT, Claude et Gemini sur les tâches de raisonnement complexe, de programmation visuelle et de requêtes médicales. Sans surpasser systématiquement ses rivaux sur tous les benchmarks, il s'inscrit pour la première fois dans la même catégorie que les modèles fermés des leaders du marché.
Le déploiement de Muse Spark est déjà en cours sur l'application Meta AI et son site web. Dans les semaines à venir, il alimentera WhatsApp, Instagram, Facebook, Messenger et les lunettes connectées Ray-Ban Meta AI. Mais contrairement aux modèles Llama, accessibles à tous les développeurs, Muse Spark restera propriétaire : son architecture et son code ne seront pas publiés. Ce choix marque une rupture stratégique majeure. Jusqu'ici, Meta se distinguait de ses concurrents en partageant librement ses modèles, une philosophie qui avait fait de Llama l'un des piliers de l'écosystème IA open source mondial.
Ce virage intervient dans un contexte de course effrénée. En recrutant Alexandr Wang et en investissant massivement dans Scale AI, Meta a envoyé un signal clair : l'heure n'est plus au partage, mais à la compétition frontale avec OpenAI, Anthropic et Google. Certains ingénieurs des Meta Superintelligence Labs toucheraient des packages de rémunération de plusieurs centaines de millions de dollars, signe de l'importance stratégique accordée à cette division. L'action Meta a d'ailleurs bondi d'environ 9 % à la suite de l'annonce.
La question qui se pose désormais est celle de l'avenir de Llama. Meta continuera-t-il à maintenir sa gamme open source en parallèle, ou Muse Spark annonce-t-il la fin d'une époque ? Pour la communauté des développeurs qui avait bâti des projets entiers sur l'ouverture de Llama, ce revirement a un goût amer. L'entreprise qui proclamait que l'IA devait être accessible à tous vient de décider que sa meilleure technologie, elle, ne le serait pas.