Avec 20 000 dollars et des outils d'IA, Matthew Gallagher a bâti une entreprise de télémédecine à 1,8 milliard de dollars avec deux salariés. Mais derrière la success story, la FDA a découvert des médecins fictifs générés par deepfake, des publicités frauduleuses et des médicaments qui ne fonctionnent pas.

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C'est l'histoire que la Silicon Valley rêvait d'entendre. Matthew Gallagher, un entrepreneur de Los Angeles, a lancé Medvi en septembre 2024 avec 20 000 dollars en poche et une poignée d'outils d'intelligence artificielle. Moins de deux ans plus tard, sa startup de télémédecine spécialisée dans les médicaments amaigrissants GLP-1 affiche un chiffre d'affaires projeté de 1,8 milliard de dollars pour 2026, après avoir déjà engrangé 401 millions en 2025. Le tout avec deux salariés : lui-même et son frère Elliot. Le New York Times et Inc. en ont fait le poster child de la révolution IA. Sam Altman avait prédit l'avènement de l'entreprise à un milliard pilotée par une seule personne. Medvi semblait lui donner raison.
Concrètement, Gallagher a construit l'intégralité de son empire avec ChatGPT, Claude, Grok, MidJourney et Runway. L'IA a conçu le site web, rédigé les supports marketing, géré le service client et alimenté les tableaux de bord analytiques. Pour la partie médicale, pas besoin d'embaucher : Medvi sous-traite tout à CareValidate et OpenLoop Health, des plateformes qui fournissent médecins agréés, traitement des ordonnances, expédition et conformité réglementaire. Le résultat est une machine commerciale redoutablement efficace qui vend des traitements GLP-1 à 179 dollars par mois, moins cher que la concurrence, avec un parcours d'achat fluide et sans rendez-vous médical en personne. En décembre 2025, Medvi revendiquait 250 000 patients.
Mais derrière la vitrine, le tableau s'assombrit considérablement. Des enquêtes ont révélé que Medvi utilisait l'IA pour créer des profils de médecins fictifs sur les réseaux sociaux, avec de faux noms, de fausses adresses de cabinet et des vidéos de témoignages générées par deepfake. Parmi les personnages inventés : un certain "Dr. Robert Whitworth" avec une adresse inexistante dans le Montana, ou encore le surréaliste "Professor Albust Dongledore". Plus de 5 000 publicités Facebook actives exploitaient ces faux profils et des photos avant/après fabriquées par intelligence artificielle. Une coalition de 35 procureurs généraux américains a d'ailleurs alerté Meta, estimant qu'utiliser "l'intelligence artificielle pour fabriquer des images, des porte-paroles et des affirmations médicales franchit une ligne".
Le 20 février 2026, six semaines avant le portrait élogieux du New York Times, la FDA avait déjà adressé à Medvi une lettre d'avertissement pour violation des règles d'étiquetage. L'agence reprochait à l'entreprise de laisser croire qu'elle fabriquait elle-même les médicaments qu'elle vendait et de suggérer une approbation de la FDA avec des mentions comme "même principe actif que Wegovy et Ozempic". En parallèle, une action collective accuse Medvi de vendre de la "poudre de perlimpinpin moderne", un procès fédéral pointe un système de spam publicitaire massif, et le partenaire OpenLoop Health a subi une fuite de données touchant 1,6 million de dossiers patients. Pour couronner le tout, un recours judiciaire affirme que le tirzépatide oral composé vendu par Medvi ne peut tout simplement pas fonctionner, la molécule étant détruite par les enzymes digestives avant d'atteindre la circulation sanguine.
L'histoire de Medvi est un miroir fascinant de notre époque. Elle montre simultanément la puissance vertigineuse de l'IA, capable de remplacer des dizaines de départements et de propulser une entreprise vers des sommets financiers inédits, et les dérives que cette même puissance rend possibles à une échelle sans précédent. Quand un seul individu peut générer des milliers de faux médecins, des vidéos truquées et une machine marketing mondiale sans qu'aucun garde-fou humain n'intervienne, la question n'est plus de savoir si l'IA peut créer une entreprise milliardaire. C'est de savoir qui vérifie ce que cette entreprise vend réellement.