Google +50 %, Meta +60 % d'émissions : les géants de la tech avaient promis une IA verte, mais leurs data centers dévorent l'équivalent énergétique du Japon.
Par Jérémy Collovray

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Google avait promis de fonctionner entièrement à l'énergie propre d'ici 2030. Microsoft s'était engagé à devenir « carbone négatif » à la même échéance. Meta et Amazon avaient affiché des objectifs tout aussi ambitieux. Quatre ans plus tard, le bilan est sans appel : les émissions de Google ont bondi de 50 %, celles de Meta de 60 %, Amazon a progressé de 33 % et Microsoft de 23 %. Le coupable ? L'explosion de l'intelligence artificielle et la course effrénée aux data centers qu'elle impose.
Selon l'Agence internationale de l'énergie, la consommation électrique mondiale des data centers atteindra 1 100 térawattheures en 2026, soit l'équivalent de la consommation annuelle du Japon tout entier. L'IA est le principal moteur de cette explosion : responsable de 5 à 15 % de la consommation des centres de données ces dernières années, elle pourrait en représenter 35 à 50 % d'ici 2030. Et ce n'est pas qu'une question d'électricité. Chaque requête de 100 mots adressée à un modèle d'IA consomme environ une demi-bouteille d'eau pour refroidir les serveurs. À l'échelle mondiale, les data centers pourraient engloutir 5 milliards de mètres cubes d'eau par an dès 2027, selon une étude de la Commission européenne. Entraîner un seul modèle comme Grok 4 de xAI génère plus de 72 000 tonnes de CO₂, d'après le Stanford AI Index 2026.
La question dépasse largement le cadre technique. Lors d'une conférence organisée le 10 avril à Paris par l'École Hexagone, en partenariat avec l'Agence LUCIE et Insuco, la climatologue Mounia Mostefaoui a rappelé une évidence que l'industrie préfère ignorer : « L'IA n'est pas neutre. Elle peut accélérer… ou freiner la transition. » Plus embarrassant encore, un rapport présenté lors de l'AI Impact Summit à Delhi n'a trouvé aucune preuve que l'IA générative contribue à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Pas un seul exemple de réduction « matérielle, vérifiable et substantielle » des émissions grâce à des outils comme ChatGPT, Gemini ou Copilot. Le gaz naturel alimente plus de 40 % de l'électricité des data centers américains, le charbon en fournit encore 30 % à l'échelle mondiale. Pendant que les géants de la tech rachètent des certificats d'énergie verte par milliards, leurs installations tournent concrètement aux énergies fossiles.
Tout n'est pas sombre pour autant. Des chercheurs européens ont démontré fin mars que la chaleur résiduelle des data centers, habituellement comprise entre 30 et 70 °C, pourrait être exploitée pour capturer du CO₂ directement dans l'atmosphère et purifier de l'eau. Selon leurs calculs, un seul kilowattheure d'énergie informatique pourrait simultanément éliminer un demi-kilogramme de CO₂ et produire un demi-kilogramme d'eau potable. Le potentiel est vertigineux : entre 50 et 1 000 mégatonnes de CO₂ retirées chaque année, pour une valeur économique estimée à 100 milliards de dollars. Les data centers passeraient alors du statut de pollueurs à celui de stations de captage carbone et d'usines de dessalement.
Mais cette promesse technologique ne doit pas servir d'alibi commode. L'Union européenne, avec l'entrée en application complète de l'AI Act prévue en août 2026, impose désormais aux entreprises de rendre des comptes sur l'impact environnemental de leurs systèmes d'IA. Le numérique responsable n'est plus un argument marketing : c'est un enjeu de conformité réglementaire. Bref, la vraie responsabilité commence par une question simple mais dérangeante : Notre dernière requête dans ChatGPT en valait-elle la peine ?