Le pape Léon XIV s'apprête à publier sa toute première encyclique, et elle est entièrement consacrée à l'intelligence artificielle. Un texte qui érige l'Église en contre-pouvoir moral face à la course technologique.
Par Jérémy Collovray

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Le pape Léon XIV s'apprête à franchir une étape inédite : sa toute première encyclique, le texte le plus solennel qu'un pape puisse signer, sera entièrement consacrée à l'intelligence artificielle. Le document, que la presse vaticane présente sous le titre provisoire de Magnifica Humanitas (« la magnifique humanité »), devait être signé le 15 mai. Son annonce officielle a finalement été repoussée au 22 mai, pour une publication d'ici la fin du mois. Pour la première fois, la plus haute autorité morale du catholicisme prend position, noir sur blanc, sur la technologie qui bouleverse notre époque.
Rien n'est laissé au hasard. En choisissant le nom de Léon, le pape — premier Américain à occuper la fonction et ancien étudiant en mathématiques, élu il y a tout juste un an — rendait hommage à Léon XIII, auteur en 1891 de Rerum Novarum. Cette encyclique fondatrice avait posé les bases de la doctrine sociale de l'Église en pleine révolution industrielle, en défendant les droits des ouvriers face à la machine. La date initialement prévue pour la signature, le 15 mai, correspondait d'ailleurs à l'anniversaire de ce texte. Le message est limpide : si le XIXe siècle a connu la révolution des usines, le XXIe vit celle des algorithmes, et l'Église entend y jouer de nouveau son rôle d'arbitre.
Le cœur du texte tiendrait en une idée simple : la technologie doit rester subordonnée à la personne humaine, et non l'inverse. Léon XIV y développe sa vision d'un nouvel humanisme, où l'IA est un outil pour le bien des êtres humains, pas un moyen de les diminuer ni de les remplacer. Le pape s'inquiète particulièrement du travail, de la création et de l'éducation. Il a déjà mis en garde contre une humanité réduite à de simples « consommateurs passifs de contenus générés par la technologie », et conseillé aux étudiants d'utiliser ChatGPT « de telle manière que, s'il disparaissait demain, vous sauriez encore penser ».
L'arrivée de ce texte tranche avec l'actualité habituelle du secteur, rythmée par les levées de fonds géantes et la course à la puissance. Pendant que les laboratoires se disputent des valorisations approchant les mille milliards de dollars, le Vatican remet sur la table une question restée sans réponse : à quoi, et à qui, tout cela doit-il servir ? L'encyclique deviendra une référence pour 1,4 milliard de catholiques, mais sa portée dépasse largement la religion. Elle pose, dans un langage accessible à tous, la question que la technologie elle-même préfère esquiver : celle du sens.