Une étude du NBER auprès de 750 directeurs financiers révèle que les licenciements liés à l'IA pourraient atteindre 502 000 postes en 2026, soit neuf fois plus qu'en 2025. Le paradoxe : aucune donnée macroéconomique ne confirme les gains de productivité promis.

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Les chiffres sont tombés et ils donnent le vertige. Selon une étude du National Bureau of Economic Research publiée le 24 mars, les directeurs financiers américains anticipent la suppression de 502 000 emplois directement attribuables à l'intelligence artificielle en 2026. C'est neuf fois plus que les 55 000 licenciements liés à l'IA recensés en 2025. Cette enquête, menée auprès de 750 CFOs en partenariat avec les Federal Reserve Banks d'Atlanta et de Richmond, lève le voile sur ce que les dirigeants admettent en privé mais peinent à dire publiquement.
Les premiers signes sont déjà visibles. Jack Dorsey a supprimé 4 000 postes chez Block, soit 40 % de ses effectifs, en invoquant explicitement « la capacité croissante des outils d'IA à accomplir un éventail plus large de tâches ». Atlassian a suivi avec 1 600 licenciements, 10 % de sa masse salariale, son CEO Mike Cannon-Brookes reconnaissant que « l'IA modifie le mix de compétences nécessaires ». Meta préparerait de son côté une réduction de 20 % de ses effectifs. Ce qui distingue 2026 des vagues de licenciements précédentes, c'est la franchise avec laquelle les dirigeants attribuent ces coupes directement à l'intelligence artificielle.
Mais le plus troublant dans cette histoire n'est pas le nombre de postes supprimés. C'est que personne ne parvient à prouver que l'IA rend réellement les entreprises plus productives. L'étude révèle un décalage saisissant entre la perception et la réalité : certains employés rapportent que l'IA augmente jusqu'à 346 % le temps consacré à certaines tâches, loin de la simplification promise. Un économiste de Goldman Sachs note l'absence de « relation significative entre la productivité et l'adoption de l'IA » au niveau macroéconomique. On retrouve ici le fameux paradoxe de Solow des années 1980, quand l'informatique était partout sauf dans les statistiques de productivité.
La situation n'est pourtant pas uniformément sombre. L'étude souligne que les petites entreprises prévoient d'embaucher davantage en rôles techniques à mesure que l'adoption de l'IA s'accélère. Et les 502 000 suppressions anticipées ne représentent que 0,4 % de la main-d'œuvre américaine, un chiffre que John Graham, coauteur de l'étude et directeur de l'enquête Duke CFO, qualifie de loin du « scénario apocalyptique ». Reste que ce paradoxe — licencier massivement au nom d'une technologie dont les gains restent invisibles dans les chiffres — pose une question fondamentale : les entreprises investissent-elles dans l'IA par conviction rationnelle, ou par peur d'être laissées pour compte dans une course à l'armement technologique dont personne ne maîtrise encore les règles ?