Un outil open source appelé ex.skill permet aux jeunes Chinois de ressusciter leur ancien partenaire sous forme d'IA, à partir de leurs anciens messages et photos. Thérapie pour certains, dépendance pour d'autres, et surtout un débat éthique inédit sur le consentement à l'ère des clones numériques.
Par Jérémy Collovray

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Depuis quelques semaines, un outil open source appelé ex.skill circule sur les réseaux sociaux chinois. Sa promesse, à la fois fascinante et dérangeante, tient en une phrase : ressusciter votre ancien partenaire sous forme d'intelligence artificielle. Il suffit d'y déposer vos anciennes conversations, vos photos, vos messages vocaux, parfois même des lettres, pour qu'apparaisse en quelques minutes un double conversationnel capable d'imiter le ton, les tics de langage et les manies du véritable ex. La pratique a explosé en avril, et l'agitation médiatique n'a fait que grandir depuis la couverture du South China Morning Post le 2 mai.
L'origine de l'outil est presque ironique. ex.skill est en réalité un fork d'un autre projet, Colleague.skill, développé à Shanghai par Zhou Tianyi pour préserver les savoirs et le style de communication d'employés sur le départ. L'idée était noble : éviter qu'une entreprise perde l'expertise d'un collaborateur qui s'en va. En moins d'un an, un anonyme a recyclé cette architecture vers un usage radicalement différent, beaucoup plus intime. Les utilisateurs alimentent le système avec leurs propres archives sentimentales et obtiennent un avatar capable de répondre comme l'autre le faisait, avec ses silences, ses sarcasmes, ses tendresses.
Les témoignages sont troublants. Une jeune femme raconte avoir enfin pu dire à son ex tout ce qu'elle n'avait jamais osé lui dire en face. Un autre utilisateur, au contraire, explique que la version IA, en reproduisant fidèlement les défauts de son ancien partenaire, lui a fait réaliser à quel point la relation était toxique. Pour certains, ex.skill devient un outil de deuil presque cathartique, une façon de boucler une histoire restée ouverte. Pour d'autres, il s'agit d'une dépendance émotionnelle qui sabote toute possibilité de tourner la page, puisque l'IA, elle, est toujours disponible et toujours plus accommodante que le souvenir réel.
Le vrai problème, c'est que l'autre n'a rien demandé. Pour que le clone fonctionne, il faut nourrir l'algorithme avec les données d'une personne qui ne sait pas qu'on l'a transformée en programme. Sur Weibo, certains commentateurs parlent d'infidélité émotionnelle, d'autres de violation pure et simple de la vie privée. La question juridique reste floue : que faire quand un ex découvre qu'il existe quelque part dans le cloud sous la forme d'une IA discutant chaque soir avec son ancien amour ? La législation chinoise sur la protection des données personnelles n'avait pas anticipé ce cas de figure, et nulle part ailleurs non plus.
Derrière l'anecdote, ex.skill pose une question plus large que la rupture amoureuse. À mesure que les outils d'IA deviennent capables de capturer la signature humaine d'une personne à partir de quelques mégaoctets de données, notre identité numérique cesse de nous appartenir entièrement. Demain, ce ne sera peut-être plus seulement votre ex que quelqu'un clonera, mais votre voisin, votre patron, ou vous-même. ex.skill n'est qu'un avant-goût, accessible et grand public, de ce que l'IA promet de bouleverser dans nos vies intimes.